Chauffeurs VTC, les damnés du volant

29 May 2018 08:21
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En durcissant les conditions d'accès au statut de chauffeur VTC, la loi Grandguillaume peut se targuer d'avoir contribué au plus grand plan social de l'histoire récente : 10.000 conducteurs au tapis au 1 er janvier. Une honte.

Il y a plus d'un an je dénonçais dans ces colonnes la loi Grandguillaume en cours de discussion, qui prévoyait de restreindre drastiquement l'accès à la profession de chauffeur en VTC à l'aide d'examens jésuitiques.

Je m'inquiétais que, faute de savoir caractériser l'ère victorienne ou donner la définition du mot anachronique, « les jeunes peu qualifiés retournent demander des formations à Pôle emploi ». C'est désormais chose faite.

Le gouvernement a procédé dans l'indifférence générale au plus grand plan social de l'histoire récente : environ 10.000 chauffeurs se sont retrouvés sans emploi au 1er janvie r de cette année. Dans une France obsédée par les statuts, les fameux « Loti » doivent désormais, pour accéder au Graal du statut VTC (qui succède donc à la licence de taxi comme barrière à l'entrée), effectuer un parcours du combattant évalué à 288 jours en moyenne et coûtant au bas mot un millier d'euros. Au coeur de cette torture administrative, des épreuves théoriques d'une difficulté indéniable : il faut plancher quatre heures sur sept matières différentes dans les salles d'examen de Noisy-le-Grand. chauffeur nice fois mon permis de conduire, je ne peux que compatir avec les 66 % de candidats qui échouent. Sauf que, pour eux, il ne s'agit de gagner le droit de conduire mais de conserver celui de travailler. Imaginez que vos revenus, votre gagne-pain, bref votre vie dépendent d'un QCM.

Plutôt que de répéter une démonstration théorique bien connue et de fustiger pour la énième fois la collusion entre les insiders et le législateur, j'aimerais aujourd'hui vous présenter André. Homme d'âge mûr ayant déjà bien roulé sa bosse, André avait trouvé son bonheur dans la profession de chauffeur. Oui, son bonheur, en dépit des ricanements des salonnards. « Ce n'est pas un boulot de chien, m'explique André. On gagne correctement sa vie en totale liberté. » Comme André ne s'était pas soucié d'obtenir la carte professionnelle, il n'a plus le droit d'exercer son métier. Depuis trois mois, il tente donc désespérément d'obtenir l'examen théorique. On sent que remontent les souvenirs du service militaire : « C'est un mur, un barrage. Pire que la remontée dans la fosse de 3 mètres. » Mais André s'obstine, malgré les échecs, les délais d'attente, et ces mille obstacles bureaucratiques qu'il résume d'un joli mot : « pinaillage ».

André ne se plaint pas : il avait mis de l'argent de côté car « rien n'est pérenne, il faut être prévoyant ». Mais nombre de ses amis n'avaient pas eu cette sagesse. « Des gens ont tout perdu », surtout ceux qui s'étaient endettés pour acheter une voiture aux normes et que l'Etat prive soudain du rendement de leur capital. Certains sont aujourd'hui à la rue. Ce n'est pas une image. Ils sont devenus SDF. Clochards. Parce qu'ils ont eu la faiblesse de croire que l'on pouvait sortir de sa cage d'escalier ou de son RSA pour gagner honnêtement sa vie. Que leur propose-t-on aujourd'hui ? Un abri pour la nuit ? Des formations bidons ? Comment l'Etat peut-il avoir l'impudence de prétendre traiter la crise de l'emploi alors qu'il l'alimente sciemment, cyniquement ? Ce qui était un parapheur parmi d'autres pour ministre pressé est devenu une réalité : celle du trottoir.

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Conclusion d'André, mi-poétique, mi-menaçante : « Il faut faire le ménage, style Kärcher ou écuries d'Augias. » Mais qui soutient les chauffeurs aujourd'hui ? Les syndicats sont trop occupés à préserver leurs privilèges, les Insoumis ne s'intéressent qu'aux salariés, les politiques concentrent leur attention sur les retraités qui votent, les intellectuels préfèrent débattre du transhumanisme et le gouvernement se soucie comme d'une guigne de ces nouveaux pauvres qui, issus pour la plupart de l'autoentrepreneuriat, ne viennent pas grossir les statistiques officielles du chômage. Quant à l'auteur de la loi maudite, il pérore désormais dans des conférences à Harvard sur les moyens de résoudre le chômage de long terme (sic).

Quand je pense à André et à ses 10.000 collègues qui, selon son expression, « se retrouvent au tas », je perds toute confiance dans nos institutions démocratiques. Devant tant d'injustice, il y a de quoi devenir révolutionnaire. Taxi nice aéroport des temps modernes ne seront pas les cheminots mais ceux qui n'ont rien à perdre, les courageux indépendants écrasés par la machine à rentes. transfert nice ! les damnés du volant ! Debout ! les forçats du GPS ! Pour vaincre la misère et l'ombre. Foule esclave, debout ! debout !

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